Envol

FAMILLE

Les Badlands albertains : du Far West à la préhistoire

Au pays des dinosaures, nous découvrons les plaisirs de la paléontologie.


Sean, mon fils de 13 ans, et moi avons décidé de partir à la chasse aux dinosaures dans les Badlands de l’Alberta, là où les ossements de T. rex pullulent dans les parcs provinciaux et où les mollusques préhistoriques sont congelés dans les versants de montagnes. Paradis des enfants, assurément. Mais qu’en est-il pour maman ? Il semble que la solution pour les parents consiste à inclure la visite d’établissements pittoresques dans cette ballade aux confins du Far West canadien. 

À notre arrivée à Calgary, notre accompagnateur Ron Maltin, de Top-Down Tours, nous fait monter à bord de son rutilant PT Cruiser blanc décapotable. Surnom de sa monture : tante Perle (Auntie Pearl). Pour être honnête, je suis plus qu’heureuse de déléguer la conduite et de profiter de la route, cheveux au vent. En route vers Drumheller, nous faisons un détour par la ville fantôme de Rowley, où le tiers de la population nous accueille : deux agriculteurs qui font une pause. Chris Foesier, le président du village, nous fait l’honneur de nous ouvrir les portes de Sam’s Saloon, où nous savourons une bière et de la pizza maison. Pas un pouce de mur ou de plafond qui ne soit décoré. Un peu partout, des têtes d’orignaux empaillés, coiffées de chapeaux de cowboy. Un animal tient même placidement une cigarette entre ses lèvres, humour albertain qui fait référence à la mascotte de Camel. On est au royaume du kitsch, et Sean et moi sommes aux anges.

En arrivant à Drumheller, alias Dinoville, une malingre ville des Badlands, on a la curieuse impression d’être au beau milieu du décor d’un film de cowboys. En descendant la rue principale, Ron me raconte l’histoire, la culture et les derniers commérages de sa ville natale. Après avoir visité toutes les différentes attractions « dinosauresques » du coin, Sean et moi nous retirons pour une délicieuse nuit sous nos chaudes courtepointes à la Newcastle Country Inn. Le matin suivant, pendant que Sean escalade le dinosaure le plus élevé au monde, un T. rex dans le centre de Drumheller, je fais le plein de caféine de l’autre côté de la rue et goûte à ce qui pourrait être la meilleure tarte aux fraises et à la rhubarbe de ma vie à The Whistling Kettle, un magasin de thé et d’artisanat.

Juste au nord de Drumheller, arrêt au temple de la paléontologie : The Royal Tyrrell Museum. Nous passons un bon moment dans le Dinosaur Hall, où des douzaines de squelettes illuminés nous accueillent dans la pénombre, au son de musiques orchestrales pour ajouter un peu plus d’ambiance. Ensuite, je fais un saut à l’exposition temporaire sur Darwin où je découvre des écrits du journal et des dessins d’animaux du père de la théorie de l’évolution, pendant que Sean note des ressemblances entre une créature marine préhistorique du récif dévonien et Bart Simpson.

Puisque nous sommes fascinés par tout ce qui est ancien et horrifiant, nous faisons une pause à Wayne (autrefois 3 000 habitants ; population actuelle : 40). Ron connaît bien l’endroit. Il y joue au disque-golf entre les hoodoos, ou cheminées de fée, ces drôles d’aiguilles de roche sédimentaire protégées par un bloc de pierre qui les coiffe. En plus, il connaît tout le monde par son prénom. À côté, à l’hôtel Rosedeer, Freddy Dayman, dont la famille est propriétaire de l’établissement de sept chambres et du Last Chance Saloon depuis plus de 60 ans, nous propose un steak de 12 onces, des pommes de terre rôties, des fèves et du pain à l’ail, cuits pendant l’été sur le barbecue, au goût des visiteurs. Pour ajouter à l’impression d’être à la dernière frontière de l’Ouest, la bière de microbrasserie est servie dans des jarres en verre.

Dernier arrêt : le Parc provincial Dinosaur Provincial Park. Au grand plaisir de Sean, à l’entrée, nous nous butons à un panneau nous avertissant de la présence de serpents à sonnette, de scorpions et de veuves noires dans la région. Cependant, le guide du nouveau centre écotouristique certifié LEED nous rassure : aucune attaque n’a été rapportée et les bestioles sont déplacées lorsqu’on en trouve dans les sentiers. Au centre, nous manipulons des fossiles et des ossements au poste « Touchez SVP » et nous visitons un campement de pionniers paléontologistes, entièrement recréé et tellement réaliste qu’on retrouve même des chaussettes en laine qui pendent au bout d’une corde pour sécher.

Dehors, nous nous promenons dans le réseau de sentiers, les yeux rivés sur le sol, à la recherche de reptiles vivants ou pétrifiés, en route vers des sites d’excavation. Le soleil se couche et la lumière a beau être somptueuse, éclairant l’étrange paysage ridé comme le front d’un dogue, nous devons raccourcir la promenade avant de retourner en direction de Calgary. Alors que Ron reprend le volant, je feuillette en sommeillant le guide des merveilles géologiques du parc pendant que mon fils passe en revue sa bande dessinée des pionniers. Nous deux, souriants et vraiment comblés.

(Valerie Howes est une auteure et rédactrice établie à Montréal qui s’est découvert un intérêt récent pour la paléontologie.)

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PHOTOS FOURNIES PAR TRAVEL ALBERTA

ACV