Destination soleil
Les Bermudes, paradoxe pastel
À la découverte des Bermudes d’hier et d’aujourd’hui, entre mystère et merveilles.
Gombeys
Grattez le vernis des Bermudes – maisons colorées aux toits blanchis à la chaux, plages roses et concentration de terrains de golf la plus élevée au monde –, et vous découvrirez un endroit singulier. À la fois très « British », antillais et américain, imprégné d’influences africaines, cet archipel est une véritable anomalie pleine de fierté. Si la lenteur des Caraïbes y prévaut parmi les lys, lauriers roses, hibiscus et bougainvillées à profusion, les Bermudes sont en fait situées au large des côtes de la Caroline du Nord. Elles partagent des liens historiques et une proximité géographique avec les États-Unis (le dollar des Bermudes est aligné sur le billet vert), mais elles forment une colonie britannique. La plus ancienne avec la reine comme chef d’État, en fait.
Découvert par accident en 1609 par des colons anglais naufragés en route pour Jamestown, en Virginie, l’archipel inhabité sera colonisé trois ans plus tard, ce qui fait de St. George la deuxième plus ancienne implantation britannique du Nouveau Monde. Une promenade à travers ses ruelles sinueuses, des maisons roses, jaunes et vert citron des XVIIe et XVIIIe siècles soigneusement préservées au nouveau World Heritage Centre, illustre bien le charme historique des Bermudes. À la State House toute proche, datant de 1620 environ, un curieux rite est pratiqué en grande pompe : lors de la Peppercorn Ceremony, les francs-maçons remettent au gouverneur leur loyer (un grain de poivre sur coussin de velours), perpétuant un accord immobilier remontant à deux siècles. Bizarre...
Le mieux, pour réfléchir aux excentricités des Bermudes, est de siroter un Dark ’n Stormy, mélange rafraîchissant de rhum brun Gosling et de bière de gingembre – un produit emblématique de l’archipel. C’est une boisson faite pour être consommée au rythme langoureux des Caraïbes, et vous pourrez en profiter pour étudier l’avalanche d’événements du 400e anniversaire, qui célèbrent le patrimoine des Bermudes. Les danseurs de Gombey, aux capes de couleurs vives à paillettes, franges et rubans, et aux coiffes avec plumes de paon, brandissent des tomahawks et évoluent sur des rythmes africains, au son des caisses claires et du fifre. Un hybride entre musique militaire britannique et danse autochtone américaine – ne cherchez pas à comprendre. Les orchestres de cornemuse écossaise et les groupes portugais traditionnels – deux communautés qui ont de profondes racines ici – sont plus faciles à saisir.
Aussi au programme, un spectacle à Hamilton célébrant Mark Twain, un amoureux des Bermudes qui a écrit : « Vous irez peut-être au paradis; je préfère rester aux Bermudes. » Une statue de Twain orne le hall du Fairmont Hamilton Princess, hôtel de 1885 surnommé le « palace rose », où l’écrivain charmait ses admirateurs en racontant des histoires sur la véranda. Le Princess symbolise la longue tradition d’hospitalité et de courtoisie « vieille Europe » des Bermudes mais, le plus surprenant, c’est que ce lieu puisse être si classique, élégant et distingué, et à la fois si audacieusement rose.
Shakespeare est une autre figure littéraire représentée abondamment dans les célébrations, particulièrement sa pièce La tempête, qui fait référence aux « Bermudes, toujours tourmentées par la tempête », suggérant peut-être qu’elle a été inspirée par le naufrage du Sea Venture. Assistez à une représentation lors de l’annuel Bermuda Festival en janvier ou février – c’est l’endroit idéal pour voir ce chef-d’oeuvre de comédie. Si vous faites un arrêt au Bermuda Maritime Museum dans le Royal Naval Dockyard – où figure une immense murale racontant l’histoire des Bermudes –, vous verrez de saisissantes expositions sur le naufrage qui vous feront imaginer Prospero et Miranda bloqués ici. Mais ne laissez pas les événements maritimes du passé éclipser ceux du présent: un temps fort de l’anniversaire est une course de grands voiliers de l’Espagne à l’Irlande du Nord, qui passe par les Bermudes.
Les Bermudes ont une réputation de civilité, caractérisée par le décorum, l’hospitalité et le golf en abondance. Elles sont effectivement un peu tout cela, mais, cette année, les célébrations du 400e anniversaire dévoilent également un charmant parfum de mystère, une raison peut-être encore meilleure de visiter l’archipel.
(Sharon McDonnell est une auteure pigiste basée à la Nouvelle-Orléans, qui écrit sur les voyages et la gastronomie. On peut la lire dans le Toronto Star, enRoute, le New York Times, Wine Enthusiast et de nombreuses autres publications.)
Informations utiles
Tourisme Bermudes, bermudatourism.com
400e anniversaire des Bermudes, bermuda2009.bm
Le Bermuda National Trust, bnt.bm
S’y rendre
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PHOTO DU HAUT : KANSASPHOTO
GOLF : COURTESY OF BERMUDA DEPARTMENT OF TOURISM
COCKTAIL : MATT FEIFAREK
PINK PALACE : NONE
BATEAUX : SAIL TRAINING INTERNATIONAL



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