Culture
Winnipeg en effervescence
Nos coups de cœur dans la ville artistique qui bouge le plus au pays.

Comment expliquer une vie culturelle aussi bouillonnante dans une ville aussi glaciale ? Peut-être les longues nuits d’hiver des Prairies sont-elles l’étincelle qui fait jaillir la sève créatrice, produisant du coup l’une des scènes artistiques les plus dynamiques au pays ? Après tout, l’an passé, c'est à Winnipeg que l’auteur britannique Ben Elton et le compositeur Andrew Lloyd Webber ont choisi de présenter en première nord-américaine leur comédie musicale The Boy in the Photograph. Ou alors, peut-être est-ce l’effet du film My Winnipeg, de Guy Maddin ? Une chose est sûre : la ville agit désormais comme un aimant auprès des créateurs du monde entier.
Il suffit d’aller faire un tour dans les sous-sols de banlieue ou dans les galeries d’art, dans les grandes salles de cinéma et de théâtre ou dans celles qui ne paient pas de mine pour se rendre compte que l’art est partout à Winnipeg. Les spectateurs sont aussi au rendez-vous. Ainsi, il n’est pas rare d’assister à une pièce de théâtre expérimental dans une salle remplie jusqu’au deuxième balcon, et ce, même si le mercure est nettement sous le point de congélation. Ce n'est pas pour rien que le nouveau site Internet qui présente tous les aspects de la culture dans la capitale manitobaine s’appelle « culture à chaque coin de rue » (culture on every corner) ! Au bout du compte, même les Winnipeguois se laissent prendre au jeu et, dans un rare élan d’immodestie, vont jusqu’à affirmer que leur ville est devenue une importante destination culturelle nord-américaine. Quand on consulte le calendrier culturel de l’automne, on se rend compte que Winnipeg a vraiment beaucoup à offrir.
Tout d’abord, deux événements cubains promettent de chauffer à blanc Winnipeg. En premier lieu, au Pantages Theatre, magnifiquement restauré, on pourra entendre Juan de Marcos et ses Afro-Cuban All Stars, un groupe qui a joué un rôle majeur dans l’éclosion de la musique afro-cubaine à l’échelle mondiale. À la Winnipeg Art Gallery, l’exposition Cuba Avant-Garde présentera une palette grandiose d’œuvres du Modernisme cubain provenant d’une importante collection privée nord-américaine.
Dans la ville francophone de Saint-Boniface, le Cercle Molière, la plus ancienne troupe de théâtre permanente au pays à offrir une programmation ininterrompue, présente une satire sociale mordante : L’Inscription, une pièce du dramaturge comique français Gérald Sibleyras qui cible la bourgeoisie parisienne. Si vous préférez des pièces émouvantes, ne ratez pas la production phare du Manitoba Theatre Centre (là même où Keanu Reeves a joué un Hamlet angoissé il y a quelques hivers), La vie est belle, tiré du classique du cinéma des années 1940 de Frank Capra, un pur bonheur adapté pour l’occasion en émission radiophonique en direct.
Côté musique classique, le Winnipeg Symphony Orchestra a un jeune et talentueux chef, Alexander Mickelthwaite, qui a récemment quitté Los Angeles pour s’installer dans la capitale manitobaine… non pour le climat, mais pour la vie culturelle. On dit qu’une des raisons l’ayant motivé est l’impressionnant New Music Festival, qu’organise le Winnipeg Symphony Orchestra et qui est l’un des mieux cotés du genre en Amérique du Nord. Cette année, on pourra entre autres entendre en première mondiale une œuvre du compositeur en résidence Vincent Ho, inspirée par son fabuleux voyage dans l’Arctique à bord du Amundsen de la Garde côtière canadienne.
Autre événement chaud : le Manito Ahbee Festival, qui transforme Winnipeg en capitale de la culture autochtone chaque année en novembre. Un mois plus tard, le Winnipeg Aboriginal Film Festival accueille certaines des meilleures productions autochtones du Canada, des États-Unis et d’ailleurs dans le monde.
Finalement, comment ne pas parler de la plus célèbre institution culturelle de Winnipeg, le Royal Winnipeg Ballet, l’une des plus prestigieuses troupes de ballet en Amérique du Nord ? (C’est du moins l’avis de la reine d’Angleterre qui, en 1953, a accordé l’appellation royale à la troupe, une première pour une compagnie de danse.) Ce Noël, on présente l’incontournable Casse-Noisette ; sur la musique de Tchaïkovski, dans une chorégraphie de Galina Yordanova et de Nina Menon, ce somptueux spectacle de deux heures enflamme l’imagination avec ses décors riches, ses costumes colorés et ses nombreuses allusions à la vie manitobaine : l’action se déroule dans une maison des Prairies, et comporte même une scène de partie de hockey entre amis.
(Karen Burshtein est critique gastronomique et culturelle. Elle partage sa vie entre Winnipeg et Paris.)
S’y rendre
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PHOTO DU HAUT: MANITO AHBEE
DANsEUSE: FOLKLORAMA, ANDREW SIKORSKY
SON OF WATER, TALKING TO FISH:
MANUEL MENDIVE HOYO, THE FARBER COLLECTION, Fournie Par CUBA AVANT-GARDE INC.
MUSIQue: WSO / NEW MUSIC FESTIVAL
BALLET: BRUCE MONK



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