Destination Soleil
Macao voit grand
L’équivalent de Las Vegas sur le continent asiatique redéfinit radicalement la Chine d’aujourd’hui, de manière aussi peu subtile que possible.

Le Venetian Macau est l’un des plus grands édifices du monde. À 97,5 ha, il n’est devancé que par le nouveau et monumental Terminal 3 de l’aéroport de Beijing. Il me faut presque une heure à revenir au hall d'entrée, et je décide de m’arrêter pour reprendre mon souffle sur un banc, près d’un canal vénitien artificiel où passe un gondolier chinois chantant une romance italienne. Dans l’aigu, son chant crée une dissonance avec la musique de fond. Ce bruit ne détonne pas à Macao, un petit territoire de 28 km2, planté dans le delta de la rivière des Perles, qui s’est toujours distingué par son mélange peu commun de cultures. Le lieu s’est imprégné des traditions chinoise et portugaise, mais dans le paradis des parieurs internationaux qu’est devenue Macao, un soupçon d’italien ne gâche pas la sauce.
Macao a littéralement volé le titre de capitale mondiale du jeu à Las Vegas, il y a quelques années, en partie à cause des revenus astronomiques de ses casinos. Sur la bande de Cotai, de nouveaux hôtels de luxe apparaissent chaque semaine, rivalisant ainsi en concentration d’hôtels et de casinos avec le Strip de Las Vegas. Mais si vous empruntez l’Avenida Infante D. Henrique avant de vous enfoncer dans le dédale des rues pavées, vous tomberez sur ce qui fut à l’origine de cette mégapole : un village tropical portugais peuplé de Chinois. Le quartier grouille de boucheries proposant, suspendus en vitrine et dégoulinant de graisse, rôtis de porc, canards et poulets. Des marmites de congee bouillonnent çà et là dans les rues, des écoliers en uniforme font la queue devant les boulangeries pour acheter du jus de mangue fraîchement pressé et des tartes aux œufs portugaises.
La transformation de Macao, qui dans le passé s’est effectuée plus lentement et harmonieusement, est en train de produire les constructions les plus fantastiquement criardes de la planète. À preuve, le Grand Lisboa, avec sa tour dorée qui se dresse tel un arbuste exotique au-dessus d’un dôme en mosaïque de verre. C’est l’un des mégacasinos de la ville, fidèle à l’esprit qui guide l’aménagement de ce terrain de jeu pour la classe croissante de millionnaires chinois du continent. Ici, plus c’est gros, mieux c’est. Chaque casino semble doté d’un imposant hall qui fait un étalage indécent d’une matière rare : un bois tropical, du cristal, un marbre précieux…
Au Grand Lisboa, des foules de joueurs se pressent aux tables de baccara ; lorsqu’ils ne sont pas occupés à miser, ils se restaurent de petits sandwichs au fromage fondu que des serveuses leur offrent gratuitement. Je tente ma chance au sic bo, un jeu relativement simple et très populaire à Macao, au cours duquel les joueurs placent leur mise sur une table de type roulette et tentent de prédire le total des trois dés qui sont lancés. Je m’installe à côté d’un joueur qui fume comme un pompier et qui, occupé à placer ses mises, ne me jette même pas un regard. On n’est pas ici pour fraterniser, mais pour parier. Même si à long terme les probabilités ne sont pas en ma faveur, ce soir la chance me sourit, puisque je quitte le casino plus riche de 160 $, le cœur léger.
En arpentant la bande de Cotai, où je passe devant un nombre incalculable de boutiques de mode, je me rends compte que 160 $ ne mènent pas loin au pays du « plus c’est gros, mieux c’est », où il se vend plus de montres suisses que dans toute la Suisse. Puis, soudainement, je sais exactement ce qu’il me faut. Je saute dans un taxi, traverse une vaste zone de futurs hôtels de luxe en construction et me rends à l’île de Taipa, où se trouve un vieux village portugais aux rues étroites et charmantes remplies de trésors. Je repère ce que je cherchais : une boulangerie, bondée de gens du coin. J’entre, me mets en ligne et repars avec une tarte aux œufs portugaise.
(Charles Ledbetter vit à Beijing et travaille comme photographe et journaliste.)
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PHOTO DU HAUT: KEITH KWOK
VILLE: MACAU GOVERNMENT TOURIST OFFICE
PLACE: JOONAS PLAAN
BOUTIQUES: VENETIAN MACAO LTD.



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