Envol

CULTURE

La renaissance de Haïda Gwaii

Dans l’archipel de Haïda Gwaii, ceux et celles qui aiment l'aventure et les défis peuvent maintenant découvrir une multitude de traditions anciennes.


Sur une plage de galets, à proximité du village de Skidegate d’où, depuis des temps immémoriaux, les canoës haïdas partent en mer, les vagues viennent s’écraser. À quelques pas, dans le nouveau Haida Heritage Centre, un musée et un centre communautaire et culturel dédié au patrimoine haïda, on peut admirer un bateau de guerre de 50 pieds sculpté par le célèbre artiste haïda Bill Reid ; le nom de ce bateau, Loo Taas, signifie « mangeur de vagues ». À côté, dans le Ga Taa Naay, le restaurant du Centre, mes compagnons de voyage et moi honorons le retour des ancêtres haïdas en pigeant dans d’immenses plats de kaaw (œufs de hareng pondus sur algue), de naaw (pieuvre), de crabes dormeurs, de pain frit, de beignets aux palourdes, de saumon et de flétan frais. Ensuite, des hommes et des femmes haïdas masqués, drapés de couvertures aux boutons rouges et noirs, coiffés de chapeaux tissés en écorce de cèdre, arrivent, au son des tambours, et présentent des danses traditionnelles.

C’est le travail acharné du Skidegate Repatriation & Cultural Committee qui a permis de rapatrier à Haïda Gwaii toutes ces pièces ancestrales et ces artéfacts culturels haïdas qui se trouvaient auparavant dans des musées et des collections privées disséminés partout dans le monde. Il a fallu aussi beaucoup d'énergie pour que le Haida Heritage Centre, construit au coût de 26 millions de dollars, puisse voir le jour, après des années de pourparlers. Ici, sous les énormes poutres de l'édifice, conçu sur le modèle des maisons longues traditionnelles, se trouve la plus belle collection d’art haïda du monde.

Toblerone

À l’origine, Haïda Gwaii (« îles du peuple ») portait le nom de Xhaaidlagha Gwaayaai, qui signifie « îles au bout du monde ». Arc-bouté sur la frange du plateau continental, l’archipel se dresse telle une géante massue au large de la côte de la Colombie-Britannique, au sud de la péninsule alaskienne. Entre cet archipel, la partie la plus à l’ouest du Canada, et le Japon, séparés par l'immensité du Pacifique, il n’y a aucune autre terre.

L’histoire a voulu qu’un certain George Dixon, explorateur britannique, débarque dans ces îles et les baptise îles de la Reine-Charlotte, du nom de son navire – qui était aussi celui d’une femme qui ne mit jamais le pied ici, Sophie Charlotte von Mecklenburg-Strelitz. Les richesses naturelles de l’endroit, qui avaient permis aux Haïdas de vivre à l’abri du besoin et de développer leur précieuse culture, attirèrent par la suite aventuriers et spéculateurs en quête de gain facile. Aujourd’hui, ce n’est plus l’abondance du poisson et du bois, mais plutôt la beauté naturelle du site et la richesse culturelle qui amènent les gens à Haïda Gwaii. La diversité de la faune et de la flore est telle à Gwaii Haanas, les îles du sud, qui sont maintenant protégées, qu’on surnomme l’archipel « les Galapagos du Nord ». La grande quantité de monuments funéraires et de tombes a valu à SGang Gwaay, l'un des nombreux anciens villages de l'endroit, d’être reconnu site du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Le jour suivant, nous roulons pendant une heure vers le nord, jusqu’au village d’Old Massett, où de nombreux ateliers d’artistes accueillent les touristes. Nous organisons une rencontre avec le maître Christian White, dans son atelier de sculpture. Encore une fois, la richesse et la créativité des traditions du peuple haïda nous éblouissent : des canoës, un totem encore inachevé, des masques, des instruments de musique, des rames et des tissus imprimés nous entourent. Humant l’odeur des copeaux de cèdre, nous pouvons observer des artistes créer de nouvelles œuvres, puisque Christian White transmet ses connaissances à de jeunes apprentis qui travaillent le bois au ciseau. Nous quittons l’atelier, plus riches d’explications avec, sous le bras, quelques œuvres originales.

C’est grâce aux efforts soutenus d’organisations comme le Skidegate Repatriation & Cultural Committe et d’individus comme Christian White que la culture haïda est maintenant préservée, et, mieux encore, qu'elle se renouvelle. Aujourd’hui, les gens qui visitent Haïda Gwaii ont la possibilité comme jamais auparavant de découvrir l’art (et les plats traditionnels) de cette société côtière unique. C’est aussi une occasion extraordinaire d’apprendre de cette communauté – et de lui apporter ce que nous pouvons afin de nous assurer que les canoës du peuple haïda continueront de sillonner pour longtemps les eaux du Pacifique.

(Masa Takei vit à Vancouver et est journaliste et scénariste pigiste. Ses articles sur le plein air, le voyage et les activités culturelles paraissent régulièrement dans le Canadian Geographic, le Vancouver Magazine et le Globe and Mail. )

Renseignements pratiques
Tourisme C.-B., http://www.tourisme-cb.com/
Tourisme C.-B. Nord, http://www.tourisme-cb.com/nord.htm
Haida Gwaii Tourism, haidagwaiitourism.ca (en anglais seulement)

S’y rendre

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PHOTO DU HAUT: CANADIAN TOURISM COMMISSION
ARTISANAT: CANADIAN TOURISM COMMISSION
NOURITURE: ROLF BETTNER / HAIDA HERITAGE CENTRE
TOTEM: TOURISM BRITISH COLUMBIA / M. DORIGO

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