Envol

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Sur la route des Alpes en vélo

Les Hautes-Alpes, en France, peuvent nous apprendre beaucoup de choses – ne serait-ce que la joie de pédaler dans les cols – que les amateurs de cyclisme européens ont découvertes, eux, il y a des décennies.


J’envisage de tout abandonner, quand un Belge d’âge mûr vêtu de Lycra rose de pied en cap s’approche et m’offre (en flamand) ce que je présume être des mots d’encouragement. Comme je ne connais pas grand-chose à l’étiquette du cyclisme, je marmonne un merci et ramène mon regard déformé par la sueur sur le sinueux ruban d’asphalte sans fin qui s’étend devant moi.

L’Alpe d’Huez est la mecque du cyclisme. Chaque été, des milliers de pèlerins de la petite reine se lancent à l’assaut du sommet de ce centre de ski du sud-est de la France ; le départ se fait à Bourg d’Oisans, une petite ville obsédée par le Tour de France, à 1200 mètres en contrebas. C’est là que, pendant le Tour de 2001, Lance Armstrong a confirmé son statut de numéro un, avec une ascension décisive (et immortalisée grâce à YouTube). C’est là aussi que tous les aspirants champions cyclistes des 50 dernières années ont dû prouver leur courage. Mais je ne suis pas ici pour prouver quoi que ce soit – et ça paraît.

J’y suis parce que la région des Hautes-Alpes, où se trouve la vallée de l’Oisans, est l’un des trésors mésestimés les plus accessibles d’Europe. Deux heures de voiture, à partir de Genève ou de Turin, vous amènent aussi loin que possible des foules de vacanciers en autocar. Et pourtant, des destinations bien mieux connues, comme Nice, sont tout près. Notre camp de base pour l’exploration de la région est Briançon, une ville de haute montagne où convergent en hiver les skieurs en route vers La Grave et Serre Chevalier. C’était déjà une plaque tournante pour les Romains il y a deux millénaires, parce que c’est là que se divise la route depuis l’Italie : au nord-ouest vers Paris ou au sud-ouest vers l’Espagne.

Nous avons consacré nos premiers jours à pédaler dans les vallées du parc national des Écrins, à l’ouest de Briançon, un vaste terrain de jeu de champs de glace, de pâturages de montagne, de forêts subalpines et de lacs formant l’essentiel du massif des Écrins. Les pics couverts de glaciers nous surplombant sont un rappel persistant de la folie masochiste qui nous a menée jusqu’ici. Savoir que nous ne sommes pas seuls nous apporte toutefois un léger réconfort. Il semble que plus de gens ici voyagent sur deux roues que sur quatre, et à la base de chacun des nombreux cols des environs, on voit des rassemblements de cyclistes qui s’affairent à préparer leur ascension.

Nous rencontrons aussi des groupes de cyclistes autour d’une table à l’heure du lunch. Des centaines de petites auberges (l’hébergement idéal pour les voyageurs qui préfèrent ne rien planifier) parsèment les vallées, et un grand nombre servent de prodigieux festins de plusieurs plats, souvent sur des terrasses offrant des vues de carte postale. Le soir, quand, à Briançon, nous regagnons l’intérieur des fortifications de Vauban, qui datent du XVIIe siècle, nous rebâtissons nos forces en vue de la grande montée grâce à la riche cuisine locale (une espèce d’hybride Rhône-Provence-Piedmont) dans des restos intimes comme le Tryptique. Un autre intérêt de la ville est l’abondance d’hôtels modestes mais bien tenus, dont le Parc, où il est habituellement facile d’obtenir de bas tarifs de dernière minute en été, de nombreux établissements pleins durant la saison de ski étant sous-utilisés.

Bourg d’Oisans est à une heure de route de Briançon, en direction de Paris. Sur la route, on remarque l’élégant hôtel Bonnabel et ses guirlandes de fleurs sauvages au sommet du col du Lautaret, les sources thermales du Monêtier-les-Bains et une dizaine d’églises et de chapelles historiques. Après un petit-déjeuner d’athlète – croissant, fromages et espresso très corsé –, nous pointons nos guidons vers la flèche glacée de l’Alpe d’Huez. Pendant la montée, je remarque que chacun des 21 lacets porte le nom d’un coureur du Tour qui a remporté une victoire sur ces pentes. Celui de Lance Armstrong est un virage en épingle atrocement raide tout en bas. Vingt courbes plus loin, je suis debout, ou plutôt effondré sur mon vélo, sous un panneau indiquant : « Itinéraire du Tour de France : Arrivée ».

Les Hautes-Alpes donnent certes aux visiteurs le sentiment d’atteindre la ligne d’arrivée ; mais, en regardant la vallée d’Oisans du haut de ce perchoir, je constate, comme Prométhée découvrant l’électricité, que l’on peut obtenir cette impression sans se soumettre à l’agonie. « Eh bien, me dis-je, la vue est tout de même superbe. »

(David Godsall, rédacteur en chef d’Envol, roule par monts et par vaux durant ses loisirs.)

Renseignements utiles

Location de vélos : Au Cadre rouge, 20, rue Général de Gaulle, Bourg d’Oisans 33-04-76-80-13-81
Le Tryptique, 19, rue du Centre, Briançon

S’y rendre

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PHOTO DU HAUT: AGENCE ZOOM
VILLE: TOUR D'OISANS

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